Tuesday, December 4, 2012

Grand-père Hac

Nam Cao (1915-1951) écrivain vietnamien, représentant typique du réalisme critique dans sa dernière période (1940-1945). Grand-père Hac (Lão Hạc, en vietnamien) est l'une de la vingtaine de nouvelles ayant pour thème la misérable campagne vietnamienne dans les années1940-1945. L'histoire de grand-pèreHac et son chien jaune est bien connue des Vietnamiens, à tel point qu’il existe des sculptures sur cette histoire. Au cours de ma récente visite au jardin privé de l'artiste-peintre Thanh Chuong, j'ai fait photographier cette statue et je profite de l'occasion pour présenter mes à mes amis ma version française - sans prétention - de cette histoire émouvante.
Grand-père Hac souffla la torche de paille pour allumer la bûchette. J’ai déjà désengorgé la pipe à eau et y ai mis du tabac. Je l'invitai à fumer avant. Mais il n'était pas d'accord ...
- Monsieur l’instituteur, vous fumez avant moi !
Il me tendit la bûchette…
- Je vous remercie, grand-père ...
Et je pris la bûchette, tout en roulant une pincée de tabac. Après avoir tiré un long souffle, je désengorgeai la pipe avant de la poser sur ses genoux. Il y mit du tabac mais ne fuma pas encore. Il prit la bûchette, enleva les cendres, et dit : 
- Il est possible que je vais vendre le chien, monsieur l’instituteur!
Ajustant le tuyau de la pipe, il commenca à fumer. En expirant la fumée, je l’observais, seulement pour faire semblant que je m’intéressais à ses paroles. A vrai dire, je me sentais tout à fait indifférent. J'ai maintes fois entendu cette déclaration triviale. Je savais aussi qu'il parlait seulement pour parler, que jamais il ne vendrait son chien. Par ailleurs, s'il le vendait réellement, qu’y-a-t-il d’important ? Un chien ne mérite pas qu’il se fasse tant de souci… Ayant fini de fumer, il posa le tube de la pipe, se tourna au dehors pour expirer la fumée. Après une prise de tabac, le cerveau se paralyse dans une euphorie enivrante. Grand-père Hac s’assit en silence, jouissant de cette mince volupté. Je m’asseyeais également en silence. Je pensais à mes précieux livres. Quand je tombai gravement malade à Saïgon, j'avais vendu presque tous mes vêtements, mais j’avais refusé de vendre un seul de mes livres à quiconque. Guéri, je suis retourné à mon village natal avec comme bagage, une valise ne contenant seulement que des livres! Oh, ces livres tant chéris et dorlotés! J’avais juré à moi-même que je les les garderais pour la vie, pour conserver les souvenirs d’une période de diligence, de zèle et de foi, un temps plein de belles passions et de grandes ambitions : toures les fois que j'ouvre le livre, n’ayant pas encore le temps de lire une seule ligne, il semble que dans mon cœur s'enflamme l’aurore, image limpide de mes vingt ans, de ma jeunesse, sachant aimer et haïr… Mais dans la vie, on n’est pas malheureux qu'une seule fois. Chaque fois que j’étais poussé dans une situation sans issue, sans remède, j'ai dû vendre quelques-uns de mes livres. À la fin, lorque qu’il ne me resta plus que cinq livres, j'étais déterminé à ne pas m’en séparer d'eux, dussé-je en mourir. Et pourtant, j’avais tout vendu ! Depuis près d’un mois, mon jeune fils, atteint de dysentérie, se consumait pour cause d’asthénie… Non, grand-père Hac! Vous n'êtes pas autorisé à garder quoi que ce soit pour vous-même ! Votre amour pour votre chien jaune n’égale vraiment pas mon amour pour mes cinq livres ...
Ainsi, je me suis dit à moi-même. Tout à coup, grand-père Hac me dit :
- Oh! Monsieur l’instituteur, depuis un an mon fils ne m’a pas envoyé une seule lettre!
- Voilà! Il s’avérait que Grand père Hac pensait à son fils. Le fils de travaillait aux plantations d’hévéa depuis cinq ou six ans. Lorque je venais de rentrer au village natal, son contrat de travail venait juste d’expirer. Grand-père Hac a apporté sa lettre pour me demander de la lui lire. Mais son fils s’était engagé pour une période additionnelle.... Il me fit comprendre la raison pour laquelle tout en parlant du chien, il avait brusquement sauté sur l'histoire de l'enfant:
- Le chien , c’est lui qui l’a acheté ! Il l’a acheté pour le nourrir avec l'intention de le tuer pour manger, quand il se marierait ...

Ainsi est la vie! On ne réussit jamais à faire ce qu'on veut faire. Les jeunes gens étaient épris l’un de l’autre. Mise au courant, la famille de la fiancée avait accepté de la marier. Mais comme cadeau de mariage on avait trop exigé: rien que pour l’argent liquide, le montant avait atteint cent dongs. Si l’on ajoute les noix d’arec, l’alcool.. et encore les frais pour les noces, la somme atteindrait bien deux cent dongs. Grand-père Hac n'avait aucun moyen de payer. Son fils voulait vendre le jardin, en essayant d’assumer tous les risques. Mais Grand-père Hac n'avait pas consenti à vendre. Vendre le jardin pour se marier, quelle stupidité ! En outre, une fois mariés, où vivre? En outre, si la famille de la mariée s’obstinait dans ses exigences, la vente du jardin n’aurait pas suffi pour les noces. Grand-père Hac en était bien conscient, mais il n'osait pas utiliser des mots grossiers. Il avait essayé d’adoucir ses paroles pour faire comprendre à son fils. Il lui avait conseillé fils d’essayer de se maîtriser pour laisser tomber cette affaire, d’attendre un certain temps, avec l'espoir de trouver une autre bonne occasion pour moins cher, alors on essayera de mieux régler la question, si tu n’ épouses pas cette fille, tu épouseras une autre fille; dans ce village, les filles ne sont pas toutes mortes, il ne faut pas avoir peur Dieu merci ! C’est un bon fils. Après avoir écouté les explications de son père, il s'arrêta et ne parla plus de mariage. Mais il avait l'air triste. Et grand-père Hac savait que son fils poursuivait toujours cette fille. Il eut beaucoup de compassion plus pour lui. Mais que faire ?... En Octobre de la même année, la jeune fille épousa le fils du chef-adjoint de village, un homme riche. Le fils de grand-père Hac se découragea. Quelques jours plus tard, il se rendit en ville, chercha le bureau de recrutement de travailleurs, remit sa carte d'identité, signa une demande pour aller travailler dans les plantations d’hévéa....
Les larmes aux yeux, grand-père Hac me dit:
- Avant son départ, il m'a même donné trois dongs, monsieur l’instituteur! Je ne sais pas en remettant sa carte d'identité en gage, combien de dongs il a reçu comme avance pour me donner tant d’argent. Tout en glissant l'argent dans ma main, il me dit «je vous offre trois dongs, pour que vous puissiez manger des friandises ; depuis toujours, j’étais incapable de vous nourrir, c’est pourquoi, en m’en allant loin, je ne suis pas trop inquiet, car en exploitant le jardin et en vous embauchant pour les travaux des autres, vous devriez disposer d'un revenu suffisant pour vivre, cette fois je vais essayer de gagner ma vie, je ne rentrerai que lorsque j’aurai gagné quelques centaines de dongs, vivre sans argent dans ce village est vraiment très humiliant !... Je ne savais que faire sinon pleurer. Sa carte d'identité, on la lui a prise. Son visage, on l’a photographié. Il a pris l'argent d’autrui. Il est devenu la propriété de quelqu’un d’autre, il ne m’appartient plus…
***
Grand-père Hac! Je comprends maintenant pourquoi vous n'avez pas vendu votre chien jaune. Vous n'avez que lui pour vous réconforter. Votre femme est morte. Votre fils est sans nouvelles. Peut-on ne pas être triste quand il est vieux comme vous l'êtes, être obligé de vivre seul, jour et nuit ? Pendant les moments de tristesse, avoir un chien comme compagnon soulage la douleur. Vous l'appelez Jaunet comme appelerait une femme son enfant unique. Parfois, n'ayant rien à faire, vous lui attrappez les puces, ou l’emmenez à l’étang pour le baigner. Vous lui donnez la nourriture dans un bol, à l'instar d'une famille riche. Vous partagez tout ce que vous mangez. Le soir, quand vous buvez de l'alcool, il est assis à vos pieds. Après avoir goûté quelques morceaux, vous lui en donnez un, comme on donne à manger à un enfant. Ensuite, vous le cajolez, vous lui parlez comme parleriait un père à son enfant. Vous lui dites:
- Ton papa te manque t-il ? Ton papa est est parti depuis trois ans... Peut-être que près de quatre ans... Je ne sais pas si à la fin de l’année, ton papa rentrera à la maison? S'il rentrera, il se mariera et il te tuera. Gare à toi !
Le chien levait toujours son museau, ne manifestant aucune expression. Avec des yeux froncés et un regard effrayant, il le menaçait à haute voix : 
- Il te tuera! Le sais-tu ? C’est bien dommage !
Se croyant réprimandé, le chien remua sa queue pour essayer de gagner les faveurs de son maître. Grand-père Hac cria plus fort :
Tu montres ta joie, hein ? Tu secoues la queue, hien ? Inutile. Il te tuera. Tu vas mourir!
Voyant son propriétaire trop agressif et coléreux, le chien remua la queue tout en essayant de s’esquiver. Mais Hac l’attrappa, lui serra la tête, caressa son dos, en chuchotant:
- Non ! Non ! Non ! Ne tue pas Jaunet !... Mon Jaunet est très sage! Je ne lui permettrai pas qu’il te tue... Je te garde pour t’élever.
Hac le lâcha pour lever la tasse où il a approché ses lèvres pour boire, et tout à coup il poussa un soupir. Puis il calcula à basse voix. En fait, il calculait l’usufruit du jardin de son fils.
Après le départ de son fils, il s’était dit: « Le jardin appartient à mon fils. Du vivant de sa mère, elle avait essayé de vivre avec parcimonie et réussi à épargner cinquante dongs pour acheter le jardin. En ce temps-là, tout coûtait peu ... Ce que sa mère a acheté, il a le droit d’en jouir. La dernière fois, il a voulu que je vende, c'est pour lui que j’ai refusé, parce que je voulais garder pour lui, pas pour moi. N’ayant pas d’argent pour se marier, il s’est découragé et s’en est allé, il a accepté de retourner à la maison seulement quand il aura gagné assez d'argent pour se marier. En exploitant son jardin, je voudrais garder une partie de l’usufruit pour lui quand il reviendra, s'il n'a pas assez d'argent, mes économies seront un ajout, s'il en a assez, je donnerai au couple une somme qui constituera un petit capital pour démarrer dans la vie… » Il disait cela pour lui-même, et fit exactement ce qu'il avait dit. Il se fit embaucher pour assurer sa subsistance. Il avait mis à part tout l’usufruit de la terre. Il était tout à fait certain que, lorsque son fils reviendra, il aura au moins une centaine de dongs ...
Secouant la tête, il me dit avec dépression:
- Ainsi, les économies sont complètement épuisées, monsieur l’instituteur. Je ne suis tombé 
malade qu’une seule fois. La maladie a duré exactement un mois et dix-huit jours, monsieur l’instituteur! Passer un mois et dix-huit jours sans gagner aucun cent, sans compter les médicaments et la nourriture ... Essayez de calculer combien d'argent ça coûte ? ...

Après la maladie, il fut terriblement affaibli. Il n'était plus en mesure de le faire les lourds travaux… Le village ayant perdu son droit d'acheter du fil de coton, les gens étaient résignés à renoncer au tissage de la toile. Les femmes avaient beaucoup de temps libre. Quand il y avait des travaux légers, on se les disputait. Grand-père Hac était au chômage. Puis survint un typhon. Les produits de la terre furent complètement détruits. Depuis le typhon jusqu'à présent, son jardin n'avait pas encore rapporté quoi que ce soit de rentable. Le prix du riz avait augmenté. Lui et son chien consommaient au moins trente cents de riz, sans pour cela réussir à calmer la faim ...
- A vrai dire, Jaunet mange plus que moi, monsieur l’instituteur! Chaque jour, sa nourriture coûte au moins quinze ou vingt cents. Si cela continue, où est-ce que je peux trouver de l'argent pour le nourrir ? Si je lui donnais moins de nourriture, il maigrirait, je perdrais en le vendant, n'est-ce pas? Maintenant, il est tout à fait dodu, on l'achèterait volontiers même à un prix élevé.
Après une minute de pause, il claqua de la langue:
- Eh bien, je le vends sans hésiter ! Epargner le moindre dong est utile. Maintenant, chaque cent dépensé est pris sur l'argent de mon fils. Si je dépense trop, il va en souffrir. Maintenant, je ne peux faire aucun travail ! 

Le lendemain, grand-père Hac est venu chez moi. Quand il m'a vu, il a immédiatement annoncé:
- Jaunet est parti, monsieur l’instituteur.
- Vraiment ? Vous l'avez déjà vendu?
- Chose accomplie ! On vient de l’attraper.
Il avait essayé de paraître gai. Mais en riant, il avait l'air de pleurer et ses yeux larmoyaient. Je voulus l'embrasser pour sangloter. Maintenant, je ne regrettais plus tellement mes cinq livres comme auparavavant. J’éprouvais seulement de la compassion pour grand-père Hac. Je lui demandai pour tenir la conversation:
- Alors, il a consenti à se laisser capturer?
Soudain il grimaça. Le rides se convergeaient, comme pour presser le flot de larmes. Il détourna sa tête et sa bouche édentée grimaça comme celui d'un enfant. Il fondit en larmes. 
- Quel malheur... Monsieur l’instituteur, il ne savait rien ! En m'entendant l'appeler, il a couru à la maison, remuant sa queue avec joie. Je lui ai donné du riz. Pendant qu’ il mangeait, Muc lui-même caché dans la maison, juste derrière lui, saisit ses deux pattes postérieures, le renversa. Ainsi, Muc et Xien avec toutes leurs forces, après un certain temps, ont fini par ligoter les quatre pattes. Alors il se rendit compte qu'il était perdu! Oh, monsieur l’instituteur ! Les chiens sont vraiement intelligents! Il semble qu'il m'a reproché. Tout en gémissant, il m'a regardé, comme pour me dire : «Oh! vieil homme reprochable ! Je me suis toujours bien comporté avec toi, et qu’as-tu fait envers moi ? » Il s’est avéré qu’un homme âgé comme moi a trompé un chien, et que lui, il n’avait pas pensé que j'ai eu le cœur de le tromper!
Je le consolai:
- Vous le croyez, mais il ne comprenait pas! En outre, tout le monde nourrit des chiens pour les vendre ou les manger! Les tuer, c’est permettre qu’ils se réincarnent et avoir la possibilité d’avoir une autre existence.
Il dit avec ironie:
- Vous avez raison, monsieur l’instituteur ! L’existence de chien est misérable. C 'est pourquoi nous facilitons leur réincarnation afin qu'il puisse devenir un homme, avec de la chance, il aura une existence un peu plus heureuse... comme le mien, par exemple ...
En le regardant avec mélancolie, je dis:
- Grand-père, l'existence de tout un chacun est semblable ! Pensez-vous que je suis plus heureux?
- Si l'existence humaine est aussi misérable, nous ne savons pas quelle existence nous devons avoir pour être vraiment heureux ?

Il rit et eut une quinte de toux gargouillante. Saisissant son épaule maigre, je dis doucement:
- Aucune existence n’est réellement heureuse, mais ceci apporte du bonheur : Maintenant, asseyez-vous sur ce lit pour vous , je vais cuire quelques patates, faire bouillir une cruche de thé vert frais, bien forte, nous mangerons les patates, boirons du thé, puis fumerons du tabac fort ... Cela, c'est du bonheur!
- Oui, vous avez raison, monsieur l’instituteur! Pour nous, c'est du bonheur.
Après avoir parlé, il rit tout simplement pour faire plaisir. Le rire était guindé, mais le ton s’était radouci.
Je lui dis avec joie:
- Tout à fait d'accord, n'est-ce pas? Alors asseyez-vous ici, je vais faire cuire les patates et bouillir le thé.
- C’était pour plaisanter. Avec votre permission, ce sera pour une autre fois. 
- Pourquoi attendre une autre fois ?... Il ne faut jamais remettre le bonheur à demain ! Asseyez-vous ici! J'aurai rapidement fait.
- Je sais. Mais j'ai encore une affaire pour solliciter votre aide ...
Son expression devint sérieuse...
- De quoi s’agit-il ? 
- Monsieur l’instituteur, permettez-moi de parler de l’affaire... c'est un peu long.
- Bon, parlez.
- Voilà, monsieur l’instituteur!
Et il raconta. Il raconta d’une voix douce et avec volubilité. Mais dans ses grandes lignes on pourrait résumer en deux points.

Primo, il est vieux, son fils est absent et en plus très inexpérimenté. Il serait difficile de maintenir ce jardin pour vivre, si personne ne le gère. Je suis un homme lettré, avec beaucoup de raisonnement, je suis respecté de tous, donc il a voulu me confier les trois sao* du jardin de son fils. Il écrit un acte de vente pour moi, pour écarter la convoitise de quiconque ; lorsque son fils sera de retour, il recevra le jardin pour vivre, mais je maintiendrai inchangé l'acte de vente portant mon nom, afin que je l'administre pour lui ...
(*)
Sao, environ 360 mètres carrés

Secundo: il est très vieux et faible, il ne sait pas quand il va mourir ; son fils n'est pas à la maison, au cas oû il mourrait, qui prendra en charge les funérailles ? Laisser aux voisins le soin de l’organisation du deuil, il ne voulait pas, car il mourrait sans pouvoir fermer les yeux. Il a vingt-cinq cents, il voulait les confier à moi, s'il mourrait, je les montrerai aux voisins en disant que c'est sa petite contribution. Pour le reste, il n'a aucune ressource sinon d’avoir recours à la communauté. 
Éclatant de rire, je lui dis :
- Pourquoi êtes-vous si prévoyant ? Non, vous ne mourrez pas, n'ayez crainte ! Gardez cet argent pour vivre, lorsque vous mourrez, nous verrons ! Pourquoi endurer la faim et économiser de l'argent ?
- Non, monsieur l’instituteur! Si je continue à manger, l'argent sera épuisé, quand je mourrai, où trouver l'argent pour les funérailles?
- ... (Il semble qu'il manque une phrase)
- Oui, certainement, mais de l’usufruit de son jardin, j’ai tout dépensé. Il n’a pas encore de femme et d’enfant. Dans le cas où il ne peut pas gagner sa vie, et doit vendre son jardin ?... Je vous en supplie, monsieur l’instituteur! Ayez pitié de mon âge avancé, et n'hésitez pas à accepter que je vous confie l'argent.
Voyant qu'il avait insisté à plusieurs reprises, j'acceptai avec résignation. Au moment où il partait, je lui demandai encore :
- Vous me confiez tous les dongs que vous avez épargnés. Avec quoi allez-vous vivre ?
Riant du bout des lèvres, il dit:
- Tout est en ordre. J'ai déjà tout arrangé... Quoiqu’il en soit, tout sera résolu.
Pendant plusieurs jours consécutifs, je constatai que grand-père Hac ne mangeait que des patates. Les patates épuisées, il mangea ce qu'il trouvait. Un jour, il mangeait des racines de bananier, un autre jour, des figues bouillies. un autre jour, des centelles, parfois un peu d’alocasie ou quelques coquillages. J'en ai parlai ma femme. Elle refusa net :
Qu’il meure ! Il a de l'argent, mais s'est résigné à vivre dans la misère. Il se fait du mal à lui-même, personne d’autre. Notre famille n’est pas si aisée pour lui venir en aide. Notre propre fils ne mange pas à sa faim...
Hélas! En ce qui concerne les gens de notre entourage, si nous ne prenions pas la peine de les comprendre, nous ne verrions que des fous, des idiots, des ignorants, des gens indignes, abominables, jamais des gens pauvres... Ma femme n'était pas mauvaise, mais elle avait trop vécu dans la misère. Est-ce qu'un homme qui a mal au pied, peut oublier son pied douloureux pour penser à autrui ? Lorsqu’on est trop pauvre, on ne pense pas aux autres. La bonne nature de l'homme est masquée les soucis égoïstes et la misère. Connaissant cela, je m’attristais seulement sans avoir le cœur de me mettre en colère. A l’insu de ma femme, j'avais parfois secrètement aidé grand-père Hac. Mais il semble qu'il savait que ma femme n'était pas d'accord pour l'aider, il a refusé tout ce que je lui ai donné. Il a refusé de façon presque catégorique. Et ainsi il s’éloigna progressivement de moi ...
Je pensais qu’il ne me comprenait pas, et j’étais d'autant plus désolé ... Souvent, les gens pauvres sont trop sensibles dans leur amour propre. Ils sont enclins à sentir de la compassion pour leur propre sort, et cela leur serre très souvent le cœur. Il est souvent difficile d’adopter un comportement qui puisse leur plaire. Un jour, je m’en suis plaint à Binh Tu, mon autre voisin. Le cambriolage étant sa profession, il n'aimait pas grand-père Hac, trop honnête selon lui. Faisant la moue, il dit:
- Il fait des manières! C’est un malin. En fait, il est extrêmement malhonnête. Il vient de me demander du poison pour chien… 
J'écarquillai les yeux d’étonnement. Il murmura:
- Il a dit que le chien de quelqu’un a l’habitude de venir dans son jardin... Il avait l'intention de l’empoisonner. S'il réussit, il boira de l’alcool avec moi.
Hélas, grand-père Hac! Ainsi, en dernière extrémité, vous pouvez aussi faire comme quiconque... Un tel homme! Un homme qui a pleuré pour avoir trompé son chien! ... Un homme qui a jeûné pour économiser de l'argent pour les funérailles, pour ne pas impliquer les voisins ... Cet homme vénérable imite maintenant Binh Tu pour assurer sa subsistance ? Eh bien, la vie devient de plus en plus triste...
***
Non! La vie n'est pas tout à fait triste ou bien elle est triste selon un autre sens. Longtemps après mon retour de chez Binh Tu, on entendit un tumulte dans la maison de grand-père Hac. J'accourus en hâte. Quelques voisins arrivés avant faisaient beaucoup de bruit à l'intérieur. Je fonçai dedans. Grand-père Hac se débattait sur le lit, les cheveux en désordre, la tenue débraillée, les yeux roulant dans tous les sens. Il hurlait, de la bave sortait des commissures de ses lèvres, de fortes convulsions secouaient par intermittence tout son corps. Deux hommes forts devaient peser lourdement en s’asseyant sur son corps. Il s’agita pendant deux heures avant de mourir. Quelle mort violente! Personne ne comprenait de quelle la maladie il souffrait pour subir une mort tellement douloureuse et subite. Il n’y avait que moi et Binh Tu pour comprendre. Mais à quoi bon parler. Oh! Grand-père Hac, fermez tranquillement vos yeux! Ne vous préoccupez pas de votre jardin! Je tâcherai de le garder pour vous. Lorsque votre fils reviendra, je le lui remettrai, en disant: "C'est le jardin que ton père avait tenu à garder intégralement pour toi: il avait préféré mourir plutôt que de vendre même une petite parcelle..."

Traduit du vietnamien: Nguyen Xuan Thu
21 Octobre 2012

Thursday, November 8, 2012

La peinture sur soie traditionnelle vietnamienne

Bien qu’elle existe aussi dans d’autres pays asiatiques, au Vietnam, la peinture sur soie a acquis une nouvelle identité. A travers plusieurs générations, les artistes vietnamiens ont su lui insuffler une nouvelle âme en inventant de nouvelles techniques.

"Jeu des cases" de Nguyen Phan Chanh
Le musée d’histoire du Vietnam conserve un portrait de Nguyen Trai, une grande personnalité du 15ème siècle, peint sur soie. On y trouve également d’autres peintures sur soie utilisées à des fins de culte comme celle de Phung Khac Khoan (1528-1613) et 4 portraits de la famille de Phan Huy. Autant de preuves de la longue existence de cette forme d’art ainsi que de sa position importante dans les arts folkloriques vietnamiens. Cependant, les anciens tableaux étaient pour la plupart des portraits réalistes aux traits simples. Ce n’est que pendant les années 1930 que cet art a connu ses heures de gloire quand certains peintres diplômés de l’école supérieure des Beaux Arts d’Indochine ont su associer principes artistiques occidentaux et esthétique orientale pour créer de nouvelles techniques originales. L’un des précurseurs de ce renouveau de la peinture sur soie vietnamienne est Nguyen Phan Chanh (1892-1984), réputé pour ses oeuvres “Laver le riz”, “Jeu des cases”, “Consulter un voyant”, ou encore “Cérémonie de possession d’esprit”. Il est aussi l’auteur de plusieurs peintures sur la beauté des jeunes filles et de la campagne vietnamienne, unanimement saluées lors de différentes expositions au Vietnam comme à l’étranger. Nguyen Phan Chanh passe pour être l’inventeur d’une technique de lavage de la soie qui procure un aspect moderne et original à cette peinture traditionnelle. Cette technique permet de créer des dégradés, où plusieurs couches de couleurs claires se superposent. En particulier, ces oeuvres n’ont pas de traits bien distincts, elles comportent des plaques de couleurs avec des transitions fluides, ce qui leur confère un aspect onirique, idéal pour reproduire le charme des gens et des paysages de la campagne vietnamienne. 
Le peintre Nguyen Thu en a fait sa carrière: “Les années 1950 ont été particulièrement propices pour la peinture sur soie et la laque vietnamiennes. En 1957, nous les avons exposées dans différents pays d’Europe de l’Est, et la peinture sur soie a attiré une grande attention internationale. De nombreux étrangers sont venus au Vietnam se renseigner sur les originalités de la peinture sur soie vietnamienne. Ici, on peint sur la soie naturelle produite par les vers à soie, un matériau propice à l’expression des sentiments, de la poésie. Notre grande originalité réside dans l’utilisation de l’eau.”
Le peintre Duc Hoang se veut plus précis: “L’une des particularités qui distinguent la peinture sur soie vietnamienne de celles d’autres pays réside dans la technique de peinture et de lavage de la soie, qui fait que le tissu est parfaitement imprégné de couleurs, sans que celles-ci ne ressortent vraiment en surface. La peinture sur soie vietnamienne est différente de la peinture sur soie chinoise car en plus de cette technique de lavage, les peintres vietnamiens sont influencés par les Occidentaux qui leur ont appris une vision anatomique et scientifique de l’espace. Autre différence: nos peintres s’intéressent bien plus que les Chinois au sujet de la vie humaine.”
Dans le domaine de la peinture sur soie, le Vietnam n’a rien à envier aux puissances mondiales comme la Chine ou le Japon. Et les artistes continuent de créer et d’innover. Ils s’intéressent désormais autant à la vie, à la production, au combat, à la beauté des gens et des paysages, qu’à l’histoire et à la nature morte. Plusieurs jeunes peintres ont expérimenté de nouveaux matériaux en collant des feuilles d’or ou d’argent très minces sur la soie; en utilisant la technique de tempera-huile. Les expositions régulières aussi diversifiées les unes que les autres en disent long sur la vitalité de cet art traditionnel, qui ne cesse de se renouveler.
Source: To Tuan VOVworld
13 Octobre 2012

La vjetnama tradicia silko pentrarto

Kvankam ĝi ekzistas en aliaj aziaj landoj, en Vjetnamio, silko pentrarto akiris novan identecon. Tra pluraj generacioj, vjetnamaj artistoj scipovis enblovi novan spiriton per elpensado de novaj teknikoj.

La Muzeo de Vjetnama Historio konservas portreton de Nguyen Trai, granda rimarkindulo de la 15-a jarcento, pentritan sur silko. Ekzistas ankaŭ aliaj silkpentraĵoj uzitaj por celoj de kulto kiel tiu de Phung Khac Khoan (1528-1613) kaj kvar portretoj de la familio de Phan Huy. Tiel multe da pruvoj de la longa historio de ĉi tiu arto formo samkiel ĝia grava pozicio en la vjetnamaj popolaj artoj. Tamen, la malnovaj pentraĵoj estis plejparte portretoj realismaj kun simplaj linioj. Estis nur dum la 1930-aj jaroj, ke ĉi tiu arto atingis sian apogeon, kiam iuj pentristoj diplomitaj el Altlernejo de Belaj Artoj de Hindoĉinio povis kombini artajn principojn de okcidento kun orienta estetiko por krei novajn originalajn teknikojn. Unu el la pioniroj de la renaskiĝo de vjetnama sur-silka pentrarto estas Nguyen Phan Chanh (1892-1984), konata pro liaj verkoj "Lavu la rizon", "Ludo de skatoloj", "Konsultu al aŭguristo" aŭ "Ceremonio de tranco" Li ankaŭ estas la aŭtoro de pluraj pentraĵoj pri la beleco de junaj knabinoj kaj de la vjetnama kamparo, unuanime aklamitaj en pluraj ekspozicioj en Vjetnamio kaj eksterlande. Nguyen Phan Chanh estas konsiderita inventisto de tekniko de silko-lavado, kiu havigas modernan kaj originalan aspekton al ĉi tiu tradicia pentrarto. Tiu tekniko ebligas krei gradientojn, kie pluraj tavoloj de helaj koloroj supermetiĝas. Aparte, ĉi tiuj verkoj ne havas klarvideblajn strekojn, ili konsistas el kolortavoloj kun glataj transiroj, kiuj donas al ili sonĝan aspekton, idealan por esprimi la ĉarmon de homoj kaj pejzaĝoj de la vjetnama kamparo.
La pentristo Nguyen Thu faris el silkpentrado sian karieron: "La 1950-aj jaroj estis aparte taŭgaj por silkpentrado kaj lakopentrado en Vjetnamio. En 1957, ni ekspoziciis ilin en diversaj landoj de Orienta Eŭropo, kaj pentrarto sur silko altiris internacian atenton. Multaj eksterlandanoj venas al Vjetnamio por lerni pri la originalecoj de la vjetnama silko pentrarto. Tie, ni pentris sur silko produktita de silkraŭpo, materialo taŭga por la esprimo de sentoj, poezio. Nia originaleco kuŝas en la uzo de akvo".
La pentristo Duc Hoang volas esti pli preciza: "Unu el la trajtoj kiuj distingas vjetnaman silko-pentrarton de tiuj de aliaj landoj, kuŝas en la tekniko de pentrado kaj lavado de silko, kiu rezultas, ke la ŝtofo estas perfekte trempita de koloroj, sen ke ili vere ne reeliras sur la surfaco. Vjetnama silko pentrarto estas malsama de la ĉina silko pentrarto ĉar krom la lavumado, vjetnama pentristoj estas influitaj de la okcidentanoj, kiuj instruis al ili anatomion kaj sciencan vidadon de spaco. Alia diferenco estas, ke niaj pentristoj interesiĝas pli ol la ĉinoj pri la homa vivo".
En la kampo de pentrarto sur silko, Vjetnamio havas nenion por envii al la mondaj potencoj kiel Ĉinio kaj Japanio. Kaj artistoj daŭre kreas kaj novigas. Ili nun interesiĝas tiom multe al la vivo, produktado, batalo, la beleco de homoj kaj pejzaĝoj, kiel al la historio kaj muta naturo. Pluraj junaj artistoj spertis kun novaj materialoj per gluado de maldikegaj oraj aŭ arĝentaj folioj; per uzado de la tekniko de tempero-oleo. Regulaj ekspozicioj tiel diversaj unuj kiel la alia elokvente montras vivoplenecon de tiu senĉese renoviĝanta tradicia arto.

Fonto: VOVworld, 13 Oktobro 2012
Verkis: To Tuan
Esperantigis: Nguyen Xuan Thu

Wednesday, June 27, 2012

Nguyen Duc Van, la vjetnama sozio de prezidento Obama


Mirinda hazarda koincido, de fizionomio, ekstera formo, ĝis parolmaniero inter la du homoj. La nura malsamo kuŝas en la fakto, ke trans la hemisfero, s-ro Barack Obama estas prezidento de lando riĉa, kaj en ĝia antipodo – Vjetnamio – Nguyen Duc Van ĉiutage absorbiĝas en la romantikaj montetoj kovritaj de mirtoj, deklamante versojn, verkante muzikon, prikante la kreaĵon kun ĉielo kaj tero.
Pasintsemajne, mi decidis trairi la arbaron por alveni al la monteto kovrita de mirto, bela kiel en sonĝo, kaŝita profunde en la arbaro de vilaĝeto 2, Loc Chau komunumo, Bao Loc urbo, Lam Dong provinco por propraokule vidi la pastron Nguyen Duc Van kiu, onidire, similas al prezidento Barack Obama, kiel du gutoj de akvo.
Efektive, malgraŭ ke mi provis imagi la similecon inter la du homoj dum la 130km longa distanco de mia vojiro, sed je la ekvido, mi ĉiam surpriziĝis ĉar mi ne povas kredi, ke en tiu ĉi mondo estas du homoj tiel similaj.
Nguyen Duc Van ankaŭ ne kapablas klarigi, kial li tiel similas al la nuna prezidento de la Usono. Li havas malhelan haŭton, altan frunton kaj multajn grandajn sulkojn, regulan kaj blankan dentaron, altan kaj rektan nazdorson, dikajn longajn okulharojn, kaj profundajn brunajn okulojn, buklan, mallongan kaj nigran hararon... 
Speciale, kiam li ridas, estas malfacile rekoni kies rido estas, ĉu tiu de Nguyen Duc Van, ĉu tiu de Obama. Kiam li parolas, Nguyen Duc Van ankaŭ uzis mangestojn por ilustri sian parolon kaj aspektas tre simila al Obama. Ĉio kreis hazardan kaj interesan "version" de prezidento Obama. 


La stranga fakto estas, ke ambaŭ Obama kaj Nguyen Duc Van naskiĝis sub la aŭspicoj de la bubalo. (Obama akurate pli aĝas ol Nguyen Duc Van je spaco de dek du lunjaroj). Antau ol fariĝi usona prezidento, Obama eldonis du sufiĉe bone venditajn librojn. Nguyen Duc Van siavice ankaŭ eldonis poemaron titolitan "Koloro de Amo" kaj du KD-ojn de lia propra spektaklo kun kantistoj Khanh Van, Hong Hanh, Xuan Phuc, Ta Minh Tam, ŝatata de multaj spektantoj.

Nguyen Duc Van diras, ke en 2009, kiam Obama estis elektita kaj ekplenumis sian prezidentan oficon, multaj homoj ekkonsciis pri la simileco de trajtoj inter li kaj la juna prezidento de tiu lando.
Aŭdinte, ke en Lam Dong estas sozio de Obama, multaj homoj el la foraj provincoj alveninte al Dalat ankaŭ ne timas vojaĝi tra la montoj, la arbaro, preni tempon por alveni al la mirto kovrita monteto, kie loĝas la pastro kiu verkas poemon, komponas muzikon, vivas kiel ermito meze de la naturo, por okulatesti la eksterordinaran similecon inter la du homoj.
Nguyen Duc Van la unuan fojon eltrovis, ke li havas tre similajn karakterizaĵojn kun la prezidento Obama, kiam li alvenis al Sajgono, kunvenante kun kun poezio- kaj muziko-amantoj. Dum vegetara manĝo en restoracio, la homo, kiu sidis fronte al li rigardis lin kaj subite kriis kun mieno de mirego kaj ĝojo: "Kial vi tiel similas al Obama? ".
Fronte al tiu interesa demando, Nguyen Duc Vien tute konfuziĝis, li nur ridis kaj balancante sian kapon li respondis: "Mi ankaŭ ne scias la kialon…”. En ĉi tiu hazarda renkonto, la gasto esprimis grandan admiron al Nguyen Duc Van kaj insiste rezervis al si la pagon de la tagmanĝo.
Van pensis, ke tiu gasto ŝercis por amuzo sed, kiam li renkontiĝis kun poeto Pham Thien Thu, tiu malsamaĝa amiko "donacis" al li la rimarkon: "Via rideto tute similas al tiu de Obama!..." Nguyen Duc Van devis kapjesi, pensante "eble mi vere similas al Obama."
Nun, trans la hemisfero, Obama estas prezidento de Usono, kaj tie ĉi, en Vjetnamujo, Nguyen Duc Van, talenta poeto kaj pastro, pasie kantadas, verkas poezion, komponas muzikon, promenante en la arbaro plena je maturaj sukoplenaj mirtoj. 


Fonto: Khac Lich - Bee.net.vn 
24 junio 2012

Tuesday, April 3, 2012

Pentraĵo el mortintaj folioj – Nova plezuro de vjetnamaj artistoj


(VOVworld) - Post oleo, guaŝo, gemo aŭ sablo, kiuj estas la plej ŝatataj materialoj por pentristoj, jen la mortintaj folioj! Jes, sed kiel fari vivantan verkon el mortinta folio? Vera defio, kiun pli kaj pli multaj vjetnamaj artistoj volas akcepti, kiel ni tuj vidos en tiu raportaĵo de Phuong Anh.
En sia 30 kvadratmetra ĉambreto-ateliero, Binh Minh, studentino en la lernejo de belaj artoj de Vjetnamio, estas finfaranta pentraĵon pri strato en Hanojo. En ŝiaj manoj, ne estas peniko, nur tondilo. Tio povas ŝajni stranga, unuavide, kaj ja estas tia pro tio, ke la materialo uzita tie estas mortinta folio! Kiu povus imagi, ke mortinta folio, fakte, kondamnita al putriĝo, povus fariĝi artverko? Binh Minh, kompreneble, kaj ŝi ne estas la sola. Multaj junaj artistoj kiel ŝi estas allogitaj al la naturo aspekto implikita de la uzo de tiaj materialoj. Kaj krome, pro la arbeco en Vjetnamio, estas multe por fari!
"La folioj estas tre diversa materialo. Estas tiom da specoj de arboj, ĉi tie. La artaĵoj el mortinta folio ankoraŭ havas specialan allogecon: Artistoj ne uzas kolorojn; estas naturo, kiu sin ŝarĝas kolori iliajn verkojn. Male, ili devus trovi taŭgajn foliojn, speciale en aŭtuno kaj vintro. Persone, mi trovas ilin tiel en la stratoj de Hanojo kiel en la arbaro. " - ŝi diris.
Senvivaj naturaĵoj, bestoj, pejzaĝoj... Oni povas prezenti ĉion, per mortintaj folioj! Por esti tute preciza, en Japanujo, Ĉinujo aŭ Hindujo, la folioj estas uzitaj delonge de la artistoj, kiuj pentras sur ili. En Vjetnamujo male, artistoj praktikas specon de glu-mozaiko sur papero.
Artistoj devas unue scii, kie kaj kiam ili povas trovi krudajn materialojn, ĉar ĉiuj folioj ne estas taŭgaj por uzado. Nur sperto ebligas scii kiuj folioj donas la deziratan koloron post prilaborado. La folioj estas elektitaj unue pro ilia formo kaj poste zorge purigitaj. Poste, ili estas bolitaj. Tio estas la plej grava paŝo de la traktado rezervita al spertuloj, ĉar ĉiu folio postulas certan gradan de temperaturo kaj tempon de bolado. Tiu paŝo povas preni inter du tagojn kaj unu semajnon. Poste. Oni sekigas la foliojn sub la suno kaj oni gladas ilin. Binh Minh: "La prilaborado de mortinta folio estas la plej grava paŝo. Temas pri certigo, ke la folio povas reteni sian flekseblecon kaj sian naturan koloron. Ĉiu tipo de folio postulas specialan prilaboron, precipe kiam temas pri boligado. Tio povas preni ĝis unu semajno por akiri la deziratajn kolorojn. Nur post tio oni povas iri al la kunmetado de folioj por krei vivantan bildon. "
Post traktado, la folioj estas de malsamaj koloroj kaj pretas uzi. La artisto komencas farante skizon sur papero, poste elektas la tranĉendajn kaj gluendajn foliojn. El pluraj centoj, nur malmultaj folioj estas uzitaj. Oni devas kompreni, ke ne ekzistas du identaj folioj, tio signifas, ke la verkoj neniam similas, sendepende de la skizo. Iam la folioj gluitaj, la pentraĵo estos kovrita per substanco kiu konservos sian brilon kaj tiun de siaj koloroj. Iuj verkoj estas faritaj en tri tagoj, aliaj postulas unu monaton da laboro. Sed ĉiukaze, kontenteco ĉiam ĉeestas, kiel eksplikis Thu Thuy, banko oficisto de profesio, kiu speciale ŝatas pentraĵojn el mortintaj folioj: "Kio impresis min unue, estas la originaleco kaj la precizeco de la detaloj. Kaj ĉiu peco estas unika. Mi ege ŝatas pentraĵojn el mortintaj folioj. Mi jam posedas dekon. "
Do se vi ankaŭ, vi volas posedi pentraĵon el mortinta folio, bonvolu! Vi nur sciu, ke la vivodaŭro de la pentraĵo estas inter 10 kaj 30 jaroj kaj ĝia prezo de 30 al 100 usonaj dolaroj aŭ pli.

Phuong Anh

Peinture en feuilles mortes - nouveau plaisir des artistes vietnamiens


VOVworld) - Après l’huile, la gouache, les pierres précieuses ou le sable, qui sont les matériaux les plus prisés par les peintres, voici maintenant les feuilles mortes ! Oui, mais comment réaliser une oeuvre vivante à partir d’une feuille morte ? Un véritable défi que les artistes vietnamiens ont de plus en plus nombreux à vouloir relever, comme nous allons le voir tout de suite dans ce reportage de Phuong Anh.
Dans sa petite chambre-atelier de 30m carrés, Binh Minh, étudiante à l’école des beaux-arts du Vietnam, est en train d’achever un tableau qui représente une rue de Hanoi. Dans ses mains, pas de pinceau, seulement une paire de ciseaux. Ça peut paraître étrange, au premier abord, et effectivement, ça l’est, puisque le matériau utilisé ici est la feuille morte ! Qui pourrait imaginer en effet qu’une feuille morte, vouée à la décomposition, puisse devenir oeuvre d’art ? Binh Minh, bien sûr, et elle n’est pas la seule. Beaucoup de jeunes artistes comme elle sont attirés par l’aspect référence à la nature qu’implique le recours à un matériau de ce type. Et en plus, étant donné ce qu’est l’arborescence au Vietnam, il y a largement de quoi faire !
"Les feuilles mortes constituent un matériau très diversifié. Il y a tellement de sortes d’arbres, ici ! Les oeuvres d’art en feuille morte exercent toujours une attraction particulière. Les artistes n’utilisent pas de couleurs. C’est la nature qui se charge de colorier leurs oeuvres. Il faut par contre trouver les feuilles adéquates, notamment en automne et en hiver. Personnellement, j’en trouve aussi bien dans les rues de Hanoi qu’en pleine forêt." - a-t-elle confié.
Des natures mortes, des animaux, des paysages... On peut tout représenter avec des feuilles mortes ! Pour être tout à fait exact, au Japon, en Chine ou en Inde, les feuilles mortes sont utilisées depuis bien longtemps par les artistes qui peignent dessus. Au Vietnam, par contre, les artistes pratiquent une sorte de collage sur papier.
Les artistes doivent savoir en premier lieu où et quand ils peuvent trouver des matières premières car toutes les feuilles ne sont pas bonnes à utiliser. Seule l'expérience permet de savoir quelles sont les feuilles qui donneront la couleur souhaitée après traitement. Les feuilles sont choisies d'abord pour leur forme, puis lavées soigneusement. Après quoi, elles sont bouillies. C'est l’étape la plus importante du traitement, réservée aux experts car à chaque sorte de feuille correspond une température et une durée d’ébulition. Cette étape peut prendre entre 2 jours et une semaine. Ensuite, on sèche les feuilles au soleil et on les repasse. Binh Minh : " Le traitement des feuilles mortes est l’étape la plus importante. Il s’agit de faire en sorte que la feuille puisse conserver sa souplesse et sa couleur naturelle. Chaque type de feuille réclame un traitement particulier, notamment lorsqu’il s’agit de faire bouillir. Ca peut prendre jusqu’à une semaine pour obtenir les teintes voulues. Ce n’est qu’après qu’on peut passer à l’assemblage des feuilles pour créer un tableau vivant."
Après traitement, les feuilles revêtent différentes couleurs et sont donc prêtes à l'emploi. L’artiste commence par faire une esquisse sur papier, puis choisit des feuilles pour les tailler et les coller. Sur plusieurs centaines, seules quelques feuilles sont utilisables. Il faut bien comprendre qu’il n’existe pas 2 feuilles identiques, ce qui signifie que les oeuvres ne se ressemblent jamais, quelle que soit l’esquisse. Une fois les feuilles collées, le tableau sera enduit d'une substance qui lui permettra de garder sa brillance et l’éclat de ses couleurs. Certaines oeuvres se font en 3 jours, d’autres réclament un mois de travail. Mais en tout cas, la satisfaction est toujours au rendez-vous, comme nous l’explique Thu Thuy, employée bancaire de son état, qui aime particulièrement les tableaux en feuilles mortes : "Ce qui m’a frappé, au premier abord, c’est l’originalité et la précision des détails. Et puis chaque oeuvre est unique. J’aime beaucoup les tableaux en feuille morte. J’en possède déjà une bonne dizaine."
Alors si vous aussi, vous avez envie de posséder un tableau en feuille morte, n’hésitez pas ! Vous devez juste savoir que la durée de vie d’un tableau est comprise entre 10 et 30 années et son prix entre 30 et 100 dollars, ou plus./.
Phuong Anh

Friday, November 4, 2011

Votu Ha Long-Golfeton kiel unu el la 7 Mirindaĵoj de la Mondo

Karaj amikoj,

Mi plusendas al vi la alvokon de Vjetnamio-Unio de Amikeco-Organizoj, kun espero ricevi de vi pozitivan reagon.
105A Quan Thanh, Hanojo, Vjetnamio
Hanojo, 26-a oktobro 2011
Ha Long Golfeto en Quang Ninh provinco, Vjetnamio estas pejzaĝo, kiu estis dufoje listigita kiel UNESCO Monda Heredaĵo-Loko en 1994 kaj en 2000 fare de la Mondo-Heredaĵo-Komisiono. Nun, ĝi estas partoprenanta en la tutmonda voĉdonado-kampanjo por la Novaj 7 Mirindaĵoj de Naturo licencita fare de New Open World Corporation, kaj ĵus estis akceptita kiel unu el la 28 finalistoj de la konkurso. La oficiala deklaracio de Novaj 7 Mirindaĵoj de la mondo, la sep havantaj plej altajn voĉojn inter la 28, estos farita la 11-an de novembro 2011.
Ĉi tie en Vjetnamio, eniras la finajn stadiojn la kampanjo celanta kolekti voĉojn por Ha Long Golfeto. Ties rekono kiel unu el la Novaj 7 Mirindaĵoj de la Mondo ege antaŭenigos turismon kaj disvastigos pli vaste la ĉarmajn bildojn de Vjetnamio al internaciaj amikoj.
Konsiderante la gravan signifon, la Vjetnamio-Unio de Amikeco-Organizoj ŝatus alvoki vin, amikoj de Vjetnamio laborantaj en Internaciaj Ne-Registaro-Organizaĵoj, amikecaj organizoj, aŭ en aliaj kampoj, partopreni, por ke Ha Long atingu la titolon de “Nova Mirindaĵo de la Mondo" per voĉdonado en la retejo www.new7wonders.com
Ni altagrade aprezas vian voĉon por Ha Long Golfeto. Ĝi estas tia senchava esprimo de amo al Vjetnamio.

Vo Xuan Hong
PREZIDANTO LA VJETNAMIO- UNIO DE AMIKECO-ORGANIZAĴOJ